Dans le Désert
Journal de bord
Récit

105 kg, un diabète et une idée saugrenue

Découvrez le récit, sans filtre, d'une métamorphose qui a pris 15 ans : comment une contrainte médicale est devenue le moteur d'une quête de maîtrise et d'humilité. Une odyssée personnelle où courir n'est plus le but, mais où marcher devient une victoire.

105 kg, un diabète et une idée saugrenue

On ne se réveille pas un matin en se disant : “Tiens, et si j’allais marcher 100 bornes sous 45 °C avec ma bouffe sur le dos ?”. Ou alors, c’est qu’on a un sérieux problème. Pour moi, le chemin a pris dix-sept ans. Dix-sept années de yoyo, de fumée, de pizzas argentines, d’un pancréas qui lâche et, finalement, d’une révélation dans le sable.

2009 : Le tapis de la torture

Tout commence par une rupture. Classique. 2009, Paris. Je traîne dix kilos de trop accumulés depuis mon arrivée dans la capitale, une haleine de fumeur et un moral en berne. Je m’inscris en salle de sport.

Mes premières séances sont un enfer. 9 km/h sur un tapis roulant, le souffle court, des points de côté après 15 minutes. Je déteste ça. Et puis, arrive le moment où monopoliser une machine pendant une heure pour faire du surplace devient absurde. Alors je suis sorti. J’ai commencé à courir dehors.

En 2011, je boucle le Semi de Paris. Je découvre cette distance que j’adore. L’année suivante, convaincu d’être devenu un athlète, je m’inscris au Marathon de Paris. Bilan : Abandon au 20e kilomètre. Mauvaise dynamique, pas de prépa, l’ego qui se prend un mur. Je continue de trottiner un peu, mais la flamme s’éteint doucement.

La grande couvade

Fin 2014, je craque. Je plaque tout : job, appart, vie parisienne. Je pars pour un tour du monde qui commence et s’arrête net à Buenos Aires quand je rencontre celle qui va devenir mon épouse.

Je deviens freelance, je m’installe en Argentine. Sur le papier, c’est le rêve : je découvre la ville en courant. Dans les faits, les empanadas et les pizzas à chaque coin de rue ont vite repris le dessus. Je travaille trop, je mange mal. J’arrête de fumer, certes, mais je fais une “couvade” de compétition en attendant ma fille.

Fin 2019, je pèse 105 kg. Je me regarde grossir, sédentaire, heureux mais physiquement à l’arrêt. Je ne le sais pas encore, mais mon corps prépare l’addition.

Le verdict : “Ah bah ! C’est simple…”

Fin 2019, les signaux d’alerte s’allument. Bouffées de chaleur, fatigue et des allers-retours aux toilettes toutes les 30 minutes. Je suis dans le déni. “Ça va passer”.

Un samedi matin, aux urgences, le médecin lâche la sentence après une prise de sang : “Ah bah ! C’est simple, vous êtes diabétique.” Étrangement, je suis soulagé. Je ne vais pas mourir demain. Mais le réveil est brutal. Mon endocrino est du genre “pousse-au-cul”. Pas de négociation : nutritionniste et 30 minutes de sport par jour. TOUS LES JOURS.

Puis, le confinement arrive. En Argentine, on reste enfermés six mois. Ma salle de sport, c’était trois mètres carrés de parquet entre le canapé et la table basse, avec Gym Direct sur l’écran et ma fille qui me regardait sauter sur place comme un dément. Six mois comme ça. Et quelque part, entre les burpees minables et les squats bancals, le corps a commencé à répondre. Le poids baissait, la glycémie suivait. Quand on a enfin pu sortir, j’ai couru. Et je n’ai plus arrêté.

L’image de Tintin

Un dimanche de 2022, je tombe sur une vidéo du Marathon des Sables. 250 bornes. Des gens qui payent pour souffrir dans le sable. Ma première réaction : “Faut être mazo”.

Mais une image me poursuit : celle de Tintin et du Capitaine Haddock marchant dans le désert. En 2023, je saute le pas pour le “Half” en Jordanie. La mer morte, le Wadi Rum comme si on marchait sur Mars, Pétra pour finir, le genre de programme qui te fait signer avant de réfléchir.

Avec le diabète, ma stratégie est claire : Je ne cours pas, je marche. Je ne cherche pas le chrono, je cherche la maîtrise. Je ne veux pas que mon corps lâche sous la chaleur. Résultat : une révélation. J’adore ça. Je finis en milieu de classement, je me fais des potes et je repars pour le Sahara quelques mois plus tard.

Le désert ne rend pas sage

Le désert ne rend pas sage. Il rend modeste, ce qui n’est pas la même chose. Tu peux partir confiant le matin et finir à genoux à midi parce que tes guêtres ont lâché et que le sable t’a bouffé les pieds pendant 50 bornes.

Tu n’apprends pas la “résilience” dans le sable. Tu apprends que, tu ne t’énerves pas contre une dune, parce que derrière, il y en a une autre. Et une autre. Et que l’arrivée, elle s’en fout de ton impatience. C’est une leçon d’humilité brutale qui me sert tous les jours, au bureau comme dans ma vie perso.

Le Julien de 2009, celui qui souffrait à 9 km/h, ne me reconnaîtrait pas. Et honnêtement, sans le diabète, je serais peut-être encore dans mon canapé.

Dans 30 jours, je serai quelque part en Namibie avec 8 kilos sur le dos, du sable un peu partout sur moi et un lecteur de glycémie au fond du sac.

Si le Julien de 2009 me voyait aujourd’hui, il dirait sûrement “Cool !” et voudrait s’élancer tout de suite. Mais il ne sait pas encore qu’il lui manque les épreuves. Il ne sait pas que ce n’est pas la volonté qui le fera avancer, mais tout ce qu’il a dû apprendre, à la dure, entre-temps. Moi, j’ai juste la chance de pouvoir enfin prendre le départ.

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