MDS Namibie : Le bilan
Le rideau est tombé sur mon troisième Marathon des Sables. Après le Wadi-Rum en Jordanie et le Sahara au Maroc, la Namibie m’a offert un contraste saisissant, presque cinématographique, là où les dunes géantes viennent s’éteindre dans l’Atlantique. Si chaque édition est une leçon, celle-ci fut celle de la maturité et de l’humilité.
La vérité du sable
Ma préparation m’a laissé un enseignement majeur : on ne triche pas avec le sable. J’ai beau avoir une solide base sur route, la Namibie m’a rappelé cruellement que le désert est un métier à part entière. La route est stable, prévisible. Le sable est une lutte de chaque instant contre l’enlisement. Avec le recul, je réalise que mon entraînement a manqué de spécificité. Pour les prochaines échéances, il est impératif d’allouer au moins 20% de la préparation à des blocs 100% sable, complétés par un renforcement musculaire ciblé sur la stabilité des chevilles. Mes ligaments ont payé le prix fort cette année, et c’est une donnée que je ne peux plus ignorer.
Côté logistique, mon “pilotage par la donnée” a été une réussite mitigée. Si mon fichier Excel m’a permis de ne rien gaspiller (j’ai consommé mes 4kg de nourriture jusqu’au dernier gramme) je me suis retrouvé à la limite de la rupture dès le deuxième jour. J’ai dû puiser dans mes réserves plus tôt que prévu. Mon sac, pesé à 8kg au départ au lieu des 6,5kg visés, m’a aussi rappelé que dans le désert, chaque gramme est un choix politique entre confort et performance. Pour la suite, il faudra tailler dans le gras : supprimer tout ce qui n’est pas vital pour repasser sous la barre des 7kg.
Le plus beau des séminaires de cohésion
La Namibie rejoint la Jordanie au sommet de mon panthéon personnel. Les couchers de soleil embrasant les dunes et ce vent, bien qu’agaçant pour la popote, ont rendu l’expérience inoubliable. Mais au-delà du décor, c’est l’échelle humaine qui a tout changé. Avec seulement 183 participants, nous étions loin de la fourmilière du Legendary. Ce format réduit a libéré la parole. J’ai eu plus d’échanges profonds en quatre jours qu’en un mois de vie urbaine. Le MDS est sans doute le meilleur séminaire de cohésion au monde : quand tout le monde accepte de manger du sable pour un objectif commun, les barrières sociales et professionnelles s’effondrent.
Cette solidarité a été le moteur de mon binôme. Courir avec Benjamin, que je connais depuis la Jordanie, a été une force immense. Il a été mon moteur quand j’étais à la ramasse, imposant un rythme qui m’a forcé à me dépasser. Nous avons encore appris l’un sur l’autre, même si j’ai dû lui faire une promesse pour l’avenir : la prochaine fois, je prends les bâtons. C’est une concession nécessaire pour soulager mes chevilles et optimiser ces ascensions de dunes qui semblent interminables.
L’équation glycémique
En tant que coureur diabétique, chaque étape est une double course : celle contre le chrono et celle contre ma propre biologie. Cette année, l’équation a été complexe. J’ai surestimé mes besoins en insuline, restant sur des bases de 16 unités là où 12 auraient suffi. Le froid namibien et le vent constant augmentent la dépense calorique de manière invisible, et je l’ai payé par des moments de faiblesse où je ne me sentais pas en confiance, surtout sur les derniers kilomètres de la longue.
Mon poids de forme a aussi été un facteur de frottement. Partir à 82kg était une erreur tactique. Pour ce type de course, chaque kilo superflu se paie en énergie et en impact. L’objectif pour ma prochaine aventure est clair : descendre à 78kg. C’est une question de respect pour mon corps et pour l’exigence de la course.
De la dune au bureau
Qu’est-ce qu’un entrepreneur retire d’une telle épreuve ? La flexibilité face à la contrainte. Dans le business, comme dans le désert, rien ne se passe jamais exactement comme prévu. On part avec un plan, et on finit par cuisiner dans des toilettes pour s’abriter du vent. Savoir ajuster son “produit” ou son allure en pleine crise est une compétence de survie. Ce MDS a renforcé en moi une certaine forme d’abnégation : cette capacité à accepter la difficulté, non pas comme un obstacle, mais comme une donnée du problème à résoudre.
Et après ? Le repos sera de courte durée. Mon esprit vagabonde déjà vers la Turquie ou les steppes de Mongolie. Mais avant de retrouver le sable, je vais m’attaquer à un défi que je n’ai bizarrement jamais relevé : un vrai marathon sur route. Ce sera en juin, à Manille, avec un départ à minuit pour fuir la chaleur tropicale. Une manière de boucler la boucle, avant de repartir, sans doute, vers de nouveaux horizons arides.
L'aventure en 6 épisodes
Du décollage à Manille jusqu'à la première bière post-finish, l'aventure complète du Marathon des Sables Namibie 2026.

